Les besoins en matière de soins de santé mentale augmentent dans toute la Région européenne de l’OMS, ce qui accroît la pression sur les systèmes de santé déjà confrontés à des délais d’attente longs, à des lacunes en matière de couverture et à une pénurie de personnel de santé. Pour aider les pays à améliorer l’accès à des soins de santé mentale à un coût abordable, l’OMS/Europe a publié 4 nouvelles notes d’information qui mettent en évidence le rôle des réformes du financement de la santé dans l’élimination des obstacles à l’accès aux soins.
S’appuyant sur l’expérience de l’Estonie, de la Finlande, de l’Irlande et de la Tchéquie, si chacune de ces notes d’information se concentre sur les réformes menées dans un de ces pays, elle présente également des enseignements pour les autres pays qui souhaitent rendre les soins de santé mentale plus accessibles, en particulier pour les personnes à faible revenu et pour les enfants et les adolescents.
« Dans toute la Région, les pays trouvent de nouvelles façons de lever les obstacles et de rendre les soins de santé mentale plus abordables pour la population en élargissant les services de santé mentale de proximité et de soins primaires, ou en adoptant des programmes ciblés pour atteindre ceux qui en ont le plus besoin », explique le docteur Natasha Azzopardi-Muscat, directrice de la Division des systèmes de santé à l’OMS/Europe.
« Les 4 pays montrent qu’il est possible de réduire les délais d’attente, de renforcer l’intervention précoce et de protéger les personnes contre les difficultés financières lorsqu’elles ont besoin de soins de santé mentale, en combinant judicieusement réformes du financement et de la prestation des services, investissements dans le personnel et les infrastructures, et engagement politique. »
Les notes d’information, ainsi que des données comparatives plus détaillées sur la protection financière, sont présentées sur UHC Watch, une plateforme en ligne qui suit les progrès réalisés en matière d’accès abordable aux soins de santé en Europe et en Asie centrale.
Des enseignements communs
Malgré les différences de contexte, les notes d’information mettent en évidence les enseignements politiques à tirer pour les pays de la Région.
- Une vision claire du modèle de prestation de services, associée à un financement stable et à un investissement initial dans l’infrastructure et la planification des capacités, est essentielle pour mettre en œuvre à titre pilote puis étendre les réformes en matière de santé mentale et garantir un accès rapide aux services.
- Une gouvernance solide est indispensable pour assurer un financement et une prestation adéquats des soins de santé mentale et maintenir la dynamique des réformes à long terme.
- Le renforcement de services de santé mentale de proximité et de soins primaires peut réduire les temps d’attente, favoriser l’intervention précoce et améliorer la continuité des soins.
- La réduction des longs délais d’attente et des disparités régionales en matière d’accès nécessite un financement stable, des investissements ciblés pour remédier aux pénuries de personnel et des investissements dans l’infrastructure et la planification des capacités.
- La protection des personnes contre les frais à leur charge (participation aux frais ou reste à charge) pour les soins de santé mentale contribue à réduire les paiements directs, les difficultés financières et les besoins non satisfaits, en particulier pour les personnes à faible revenu, par exemple en instaurant des exemptions automatiques de la participation aux frais pour les personnes à faible revenu et un plafonnement automatique de cette participation dans son ensemble en fonction du revenu.
- L’alignement des mécanismes de paiement des prestataires et des incitations sur les objectifs de la réforme, ainsi que le renforcement du leadership clinique, contribuent à garantir la continuité dans l’élargissement de l’accès aux soins de santé mentale.
- L’amélioration de la collaboration intersectorielle en alignant mieux les objectifs de financement et en améliorant la coordination entre les services de santé et d’aide sociale est nécessaire pour renforcer les interventions préventives et maintenir les progrès de la réforme.
- Si les outils numériques peuvent améliorer l’accès aux soins de santé mentale, ils doivent être utilisés avec prudence pour répondre aux préoccupations en matière de sécurité, de qualité et d’équité.
- Le suivi de l’utilisation des services, de la qualité des soins et des flux de financement, ainsi que l’évaluation de l’efficacité de la réforme, peuvent aider à recenser les lacunes, à renforcer la responsabilité et à fournir des éléments de preuve en faveur d’un élargissement supplémentaire de l’accès.
Utilisation des fonds de l’Union européenne pour améliorer l’accès aux soins de santé mentale de proximité
La Tchéquie a utilisé des fonds de l’Union européenne (UE) pour développer ses centres de santé mentale de proximité. Ces derniers ont permis d’élargir l’accès à des soins de santé mentale plus centrés sur la personne, d’améliorer le fonctionnement et la qualité de vie des personnes souffrant de graves troubles mentaux et de réduire les hospitalisations. Bien que le cas tchèque se concentre sur l’utilisation des fonds de l’UE, les enseignements à tirer s’appliquent à tout financement externe ou national ciblé utilisé pour appliquer à grande échelle de nouveaux modèles de prestation de services de santé.
Renforcer le rôle des soins de santé primaires dans la prise en charge des troubles mentaux
L’Estonie a connu une évolution progressive de la prestation et du financement des services de santé mentale au niveau des soins primaires. Pour y parvenir, le pays a eu recours à de multiples instruments politiques, notamment en modifiant le financement des soins de santé primaires pour favoriser une approche multidisciplinaire et stimuler la prestation de services de santé mentale, en élaborant des cadres politiques et des directives cliniques, en utilisant des consultations électroniques entre médecins de famille et psychiatres et en recourant davantage à des consultations et à des psychothérapies à distance dans le cadre des soins primaires.
Améliorer l’accès aux soins de santé mentale pour les enfants et les adolescents
Le système de santé finlandais avait du mal à répondre à la demande croissante de soins de santé mentale, en particulier chez les jeunes. Pour remédier à cette situation, la Finlande a récemment introduit une série de réformes visant à étendre l’intervention précoce et la prestation de services aux enfants et aux adolescents souffrant de troubles mentaux légers à modérés dans le cadre des soins de santé primaires. Les principales mesures portent sur l’introduction de garanties concernant les délais d’attente, l’augmentation de la prestation de services de santé mentale dans le cadre des soins de santé primaires et l’adoption d’une stratégie nationale en matière de santé mentale.
Améliorer l’accès aux soins de santé mentale pour les personnes à faible revenu
L’Irlande a récemment introduit des réformes visant à améliorer l’accès aux soins de santé mentale pour les personnes à faible revenu. Le programme de conseil en soins primaires (Counselling in Primary Care), un programme national qui offre des services de conseil de proximité aux personnes à faible revenu souffrant de troubles mentaux légers à modérés et ayant droit à un accès aux soins de santé primaires financés par l’État (personnes titulaires d’une carte médicale), a contribué à améliorer la santé mentale des personnes à faible revenu, et a été très efficace pour réduire le risque d’automutilation et de suicide.
À propos des activités de l’OMS/Europe dans le domaine de la protection financière
L’OMS/Europe surveille l’accès abordable aux soins de santé par l’intermédiaire du Bureau de l’OMS à Barcelone pour le financement des systèmes de santé à l’aide d’indicateurs régionaux tenant compte de l’équité. La protection financière est un élément central de la couverture sanitaire universelle et une dimension essentielle de l’évaluation de la performance des systèmes de santé. Elle est un indicateur des objectifs de développement durable, s’inscrit dans le pilier européen des droits sociaux, et est au centre du Deuxième Programme de travail européen, le cadre stratégique de l’OMS/Europe.
Consultez les données et analyses comparatives et par pays sur UHC Watch.
Ces notes d’information et UHC Watch ont bénéficié d’une aide financière de l’UE dans le cadre du programme EU4Health.

